Barcelone : Qui est Quique Setien, le ” Guardiola” bis?


Leader de Liga et qualifié pour les huitièmes de finale de la Ligue des champions, le Barça a décidé de mettre Ernesto Valverde à la porte, lundi soir, quatre jours après avoir été retourné par l’Atlético en Supercoupe d’Espagne à l’autre bout du monde. Pour la première fois depuis 17 ans, le club catalan opère donc un changement d’entraîneur en pleine saison et a décidé de faire confiance à Quique Setién : un pari de style.

Après Unai Emery et Marco Silva, Divock Origi aura donc fait une troisième victime, elle aussi martyrisée par un doublé inscrit par l’attaquant belge de Liverpool en 2019. Lundi soir, quatre jours après avoir vu son Barça livrer l’un des meilleurs matchs de sa saison en matière de contenu, mais aussi se faire retourner comme une crêpe par l’Atlético en demi-finale de la Supercoupe d’Espagne, Ernesto Valverde a donc été éjecté de son siège d’entraîneur du FC Barcelone. « Ce que fait le club avec Valverde est moche, s’avançait il y a quelques jours Andrés Iniesta sur les ondes de la radio espagnole Onda Cero, alors que les rumeurs entourant l’éviction de Valverde se faisaient de plus en plus pressantes. Ils devraient faire preuve de respect pour leur entraîneur. La manière de faire est ce qui me choque le plus. Valverde est dans une situation très vulnérable désormais. » Inéluctable, en réalité. Alors, lundi matin, celui qui était arrivé sur le banc catalan lors de l’été 2017 est monté dans sa voiture, direction Sant Joan Despí, où est situé le centre d’entraînement du FC Barcelone, et en est reparti dans l’après-midi. Pour la dernière fois. Ernesto Valverde disposait pourtant d’un contrat courant jusqu’en juin prochain, son Barça est pourtant leader de Liga et est même qualifié pour les huitièmes de finale de la Ligue des champions. Mais voilà, ici, c’est Barcelone, un endroit où « remporter le championnat ne suffit pas » comme l’a toujours expliqué Pep Guardiola. La vérité est que Valverde aurait dû être remplacé l’été dernier après l’humiliation subie à Anfield, le second cauchemar de son mandat avec la remontada offerte à la Roma au printemps 2018. Mais il n’en a rien été, ce qui a laissé l’ancien coach de Bilbao dans une situation brûlante alors que son Barça ne cessait de décevoir dans le jeu, sans malgré tout s’arrêter de gagner : à la mi-saison, le club catalan est devant le Real en championnat, possède la meilleure attaque de Liga et a bouclé la phase de poules de la Ligue des champions sans la moindre défaite. Cela ne suffit pas, évidemment : le Barça n’est pas un club comme les autres, c’est comme ça.
« J’aime l’ordre »
Alors, ces derniers jours, le directeur sportif, Éric Abidal, et le directeur général, Óscar Grau, étaient allés rendre visite à Xavi, au Qatar, pour lui proposer de reprendre la barre du club de sa vie. Les deux hommes étaient pressés, pas l’ancien capitaine du Barça. Réponse : pas tout de suite, les gars. Le nom de Ronald Koeman avait également été avancé, mais le Batave a un Euro 2020 à disputer avec les Pays-Bas. Pendant ce temps, Valverde, lui, faisait son travail et assistait, sans bruit, à l’étirement de ce que El Mundo a qualifié « d’opérette » . Jusqu’à lundi soir et à l’annonce tardive de son licenciement, suivi d’un autre communiqué : pour prendre la suite, ce sera donc Quique Setién. Un choix qui raconte beaucoup de la volonté des dirigeants du Barça car en installant Setién, 61 ans, le leader de Liga fait ici le choix de l’identité de jeu, d’un homme qui n’a jamais changé d’approche, qui est prêt à crever avec ses idées et qui n’est « jamais allé au cinéma pour voir un film d’horreur » . « Tout simplement parce que je n’aime pas ça » , souriait l’ancien entraîneur du Betis, dans un entretien brillant donné à ESPN il y a quelques années, avant de s’expliquer sur ses idées : « Aujourd’hui, il y a de moins en moins de choses à voir dans le football. La plupart du temps, je préfère jouer aux échecs. En attaque comme en défense, les pièces sont connectées, tout est une question d’organisation. J’aime l’ordre. C’est fondamental, et aux échecs comme en football, il est vital de dominer le centre de l’échiquier. Moi, je comprends le football à travers le ballon. Il y en a d’autres qui interprètent le jeu sans le ballon. Je veux gagner, mais au fond, je défends aussi cette façon de jouer comme une question d’éthique, même si je respecte ceux qui ne sont pas comme moi. Pourquoi ? Parce que je sais à quoi ressemble le football. Je sais que certaines personnes pensent que notre façon de faire est risquée, qu’il est plus simple de défendre… »
Le coût du style
Cela n’a jamais été l’envie première de Setién qui, pour le meilleur et pour le pire, est un puritain extrême. Ce qu’il demande à ses joueurs est similaire à ce que Guardiola avait demandé aux siens lors de l’une de ses premières séances d’entraînement au Barça, en juillet 2008 : « Il faut courir comme l’équipe la plus humble du monde. Car sans ces courses, il serait ensuite impossible de jouer. Dans le foot, il faut courir. Avant la tactique, avant l’état d’esprit, il faut courir. » À Lugo, à Las Palmas, au Betis, les équipes de Quique Setién étaient avant tout des monstres physiques, mais donc, aussi, des monstres tactiques. L’approche a plu, forcément, et jusque chez les adversaires. La preuve : le 11 novembre 2018, au cours d’un Barça-Betis dominé dès la pause par les Sévillans (0-2 à la mi-temps, 3-4 finalement pour ce qui sera la seule défaite au Camp Nou de l’ensemble du mandat de Valverde), Setién s’était approché de Sergio Busquets, qui lui avait offert son maillot avec un petit mot remerciant l’homme pour sa « manière de voir le football » . Avant Busquets, Modrić et Messi avaient offert leur T-shirt au bonhomme. Mais qu’a-t-il de si différent ? Quique Setién est simplement un amoureux du risque par le contrôle. C’est aussi un ancien traumatisé : « J’ai admiré le football de Barcelone tous les jours de ma vie depuis la fois où, en tant que joueur, j’étais venu ici, au Camp Nou, pour jouer au foot, et que je n’avais même pas touché la balle. » Derrière, Setién aurait pu « se couper un doigt pour être formé par Cruyff » . Sa victoire au Camp Nou à l’hiver 2018 aura finalement été sa lettre de motivation envoyée au board catalan, sa manière de dire “regardez ce que je sais faire et ce que je peux apporter au football”. Du bien : un pressing haut, des sorties de balle incroyablement bien pensées, des séquences piquées à Guardiola, de la possession à outrance et des passes réussies à gogo. « Quand on me dit que mon équipe joue bien, je rentre à la maison heureux, lâchait-il, toujours à ESPN. C’est là qu’est ma réelle satisfaction, plus qu’un résultat. Je suis autant un winner que les autres, mais je veux gagner via une série de mécanismes et une interprétation du football qui est différente. » Sauf que cela a aussi un coût.
Et un coût élevé. En deux ans au Betis, Setién a ramené le club en Europe, devenant directement un héros pour les supporters, avant d’être poussé dehors par ces mêmes fans. Le soir de son dernier match dirigé sur le banc sévillan, une victoire au Santiago Bernabéu (0-2) le 19 mai dernier, Quique Setién a été invité à se retirer au bout d’une saison symbole : sixième lors de sa première saison, son Betis a terminé dixième lors de la seconde, encaissant plus de buts qu’il en a marqués, et devenant presque une caricature. C’est aussi la limite de Setién, qui demande énormément à ses joueurs, au point de parfois perdre son vestiaire comme à Séville ou à Las Palmas, et cherche à pousser le jeu jusqu’à ses limites les plus extrêmes. Le voilà désormais sur le banc de ses rêves, avec ses cheveux poivre et sel et ses idées, prêt à passer sur le gril d’un club qui ne lui fera aucun cadeau. Par le passé, il a prouvé qu’il était capable de créer un modèle de jeu dominant et c’est exactement ce qu’on attend de lui, surtout avec un effectif aussi riche – bien que privé de Luis Suárez pour les quatre prochains mois. Reste qu’au-delà du style, Quique Setién, qui s’est engagé jusqu’en 2022, va devoir gagner et vite, au risque de rapidement laisser les sceptiques lui sauter au cou. Le Barça n’est pas un club comme les autres. Hier, il l’a traumatisé. Aujourd’hui, il doit le retransformer. Feu !


RD

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