Affaire Aliou Dembourou Sow : ou l’apologie d’un crime de masse ! (Par Abdou Fall)


Depuis l’ébruitement de l’affaire dite Aliou Dembourou Sow, le blogosphère sénégalais est touché de plein fouet par le tsunami verbal du député de l’APR et par ailleurs le Président du Conseil départemental de Ranérou.
En effet, dans un contenu vidéo largement partagé sur les réseaux sociaux, le sieur Sow prône l’apologie d’un crime de masse pour que son « frère » Macky Sall puisse obtenir un hypothétique troisième mandat.
Rappelons les points saillants du discours du député devant ses parents éleveurs : « …J’ai entendu une personne dire qu’il (Macky Sall) était à son second mandat mais c’est faux car il est à son premier mandat de 5 ans car la constitution du pays dit que c’est deux mandats de 5 ans consécutifs.
Donc, le mandat actuel est le premier de 5 ans, l’autre n’est pas inclus car le conseil constitutionnel avait refusé à Macky Sall la volonté de le ramener de 7 à 5 ans donc s’il refuse de comptabiliser le mandat de 7 ans, il faut l’imputer au conseil constitutionnel. Comme la fois précédente, les deux mandats sont du ressort du Conseil Constitutionnel. Cependant il faudra faire face à ceux qui se dresseront sur le chemin qui doit nous y conduire.
Nul ne doit nous effrayer sur ce chantier quitte à utiliser des coupe- coupe pour leur apporter la riposte”.
Voilà, le mot est lancé et cela fait froid au dos d’entendre ces propos gravissimes qui appellent à une tuerie de masse pour la réélection de son mentor pour un « second quinquennat ».
Et, ceux qui connaissent l’histoire ont froid dans le dos car ils se rappellent du génocide rwandais de 1994 qui avait commencé le 07 avril par des coupe-coupe et des machettes et nous connaissons tous la suite : près d’un million de morts sont dénombrés entre les ethnies Houtous et tutsis.
À ce sujet, l’ancien Secrétaire général des nations unies Boutros Boutros Ghali (1992-1996) a émis une déclaration forte à ce sujet.
« Nous ne réalisions pas qu’avec une machette vous pouvez commettre un génocide », a regretté l’ancien SG onusien qui s’est senti coupable sur l’inaction de la communauté internationale qui avait eu vent des germes de la plus grande tuerie de la fin du vingtième siècle.
Ainsi, ce rappel historique des signes avant coureur d’un probable cataclysme ethnique doit interpeller tout un chacun. « Le commun vouloir de vivre ensemble » est fortement menacé ces derniers temps dans notre pays.
L’affaire Aliou Dembourou Sow n’est que la face visible de l’iceberg. Qui ne se rappelle pas des insultes proférées par Penda Ba à l’endroit de toute une communauté ? Qui ne se rappelle pas aussi des propos maladroits de Me Moussa Diop qui avait du mal à avaler la pilule amère de la bérézina du camp présidentiel à Touba lors des dernières présidentielles ?
Nonobstant cela, certains thuriféraires du régime ont le slogan « Neddo Ko bandoum » en bandoulière pour pourvoir former un bouclier et un grenier électoral dont ils n’auront aucun mal à puiser en cas de besoin.
Ces signes d’appartenance ethnique, communautaire sont un danger sur les fondements de notre jeune république.
Tels des enfants de chœur, certains politiciens inconscients, jouent avec le feu en allumant un briquet au bord d’une station d’essence.Ce qui dénote un geste de pyromanie sans aucune mesure avec les sorties malheureuses et malencontreuses des ministres Abdoul Karim Fofana et de Seydou Guèye qui traduisent à suffisance la décrépitude accélérée des piliers de la gouvernance républicaine.
De même, le communiqué laconique du camp présidentiel avec de simples « regrets » ne peut à suffisance réduire l’électrochoc suscité par les propos du député apériste. On se rappelle que Cissé Lo a subi les foudres du parti présidentiel avec des insultes alors que son compère Aliou Dembourou Sow appelle à une tuerie en masse. Des insultes proférées dans l’air sont-elles plus dangereuses que l’apologie d’un crime de masse ? A vous d’en faire une opinion.
Mais, le fait le plus cocasse, c’est que le procureur de la République refuse de s’autosaisir pour convoquer le député malgré les plaintes déposées sur sa table.
Idem pour l’assemblée nationale où le président de Moustapha Niasse « déchire » la lettre de son collègue député Malick Guèye sur la question.
Niasse, du haut de son perchoir, argue que : « L’Assemblée nationale ne peut s’autosaisir que lorsqu’elle en a la compétence, elle ne peut remplacer ni le Conseil constitutionnel, ni la Cour Suprême », se défend t-il. Alors que l’article 100 du règlement intérieur de l’Assemblée nationale contredit royalement le patron de l’Afp, voici ce que dit l’article sur le rôle du député :« il a des obligations de rigueur morale, d’intégrité, de droiture et de dignité qui doivent se refléter dans son comportement et sa vie de tous les jours et que ces exigences imposent un statut à la dimension de ses responsabilités ».Sur ce, les interprétations sont libres par rapport à cet article.
En dernier ressort, il ne faut pas oublier que la quête à tout prix d’un troisième mandat peut conduire à un holocauste si on n’y prend. N’oublions pas qu’en 2012 plus de 15 personnes ont perdu la vie avec la tentative d’un troisième mandat d’Abdoulaye Wade.
Et, ce qui se trame maintenant augure un mimétisme apocalyptique de l’histoire avec les mêmes gestations de ce Mal profond qu’il faudra éradiquer avant que « le ver ne soit dans le fruit ». Comme disait Jean Paul Sartre : « Jamais nous n’avons été aussi libres que sous l’occupation allemande », c’est pour dire que l’homme est toujours appelé à faire un choix même « ne pas choisir, c’est choisir ».
Ainsi, nous sommes tous interpellés face à ce syndrome rampant qui commence à avoir des proportions inquiétantes.
Va-t-on choisir l’action pour l’éradiquer ou l’inaction pour en subir les affreuses conséquences ? Comme disent les anglo-saxons : « le ball is ours » (la balle est dans notre camp.

.Abdou Fall, Journaliste


Abdou Wanema

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